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JO CASSEN

Ecrivain, théâtre et poésie

  L'arrache tifs

Quelques bribes…

d’une langue qui lentement se meurt.

Jo Cassen

Petit exercice de style sans prétention poétique proposant des arguments– non exhaustifs- (loin s’en faut) , des tuyaux… pour évacuer la…bile, pour ateliers théâtre enfants, ados, adultes, débutants ou confirmés ; pour celles et ceux (y-en-a-t-il ?) qui voudraient travailler leur prononciation, leur articulation c’est-à-dire leur diction ou simplement user et abuser de la langue française

Ce petit poème ne s’adresse pas – évidemment- à toutes celles et ceux qui maîtrisent la langue de Voltaire ou/et à celles et ceux qui considèrent avec certitude que cet exercice est stupide et désuet (Prononcez déssuet) parce que tout ce qui s’est dit ici,

ils le savent déjà.

Ta bouche qui m’embrasse et qui me parle aussi,

Ta bouche qui séduit ou rejette à sa guise,

Laisse-la dévoiler le simple ou le grossi,

Pour l’authentique sens où rien ne se déguise.

T

N’ajoute pas trucage ou stupide snobisme,

Efface de l’esprit l’arrangement tordu,

La choquante façon confine au terrorisme,

Tu t’en sépareras par un travail ardu.


Ta langue en sa richesse ouvre la bonne porte,

Celle du bien comprendre où s’effondre le sot

Qui préfère à Voltaire une vitrine morte,

Tel l’hébété quidam ignorant le sursaut.


Ecoute et entends bien, cerne l’anomalie

Des pitres de télé, pleins d’air présomptueux,

Chasse l’izme pédant à qui laid se rallie,

Et l’Izraël aussi qui fleurit somptueux.


Depuis longtemps déjà les héros de l’image,

Chantres de négligence et de vulgarité,

Emportent vers le fond, ébloui d’enfumage,

Le spectateur conquis… à perpétuité.


Le « fantaZme » benêt confirme cette outrance,

L’AZME est une façon chère aux tristes bedeaux

Qui sont censés savoir mais nous servent le rance,

Prétentieux robots, authentiques bardots.


Arrêtons le sarcasme, un fort enthousiasme

Toujours est préférable ; apprenons à bannir

Le zed ce faux héros qui se répand miasme :

La tournure crétine à fermement punir.


Un fantaisiste a dit : « Partageons l’éloquence ! »

-Improvisons ici, parlons sans discourir,

De l’échange viendra le jeu par la fréquence,

Du travail au plaisir, pour ne pas con mourir.


Dès lors pressons le pas, élisons domicile,

Pas de salamalecs, éclairons le propos :

La pensée a besoin d’une rigueur facile

Qui se passe aisément de superflus copeaux.


Le verbe veut agir, le sens souffle à l’oreille,

Passé simple et futur, l’ai final se dit é,

Pas de piège caché, le raisin et la treille ;

Au son des autres temps, chapitre dédi-é.


Vous ne devez jamais par paresse ou laxisme

Confondre le futur et le conditionnel,

Et sauf à vous lancer dans un sombre sophisme,

Le mélange de sons est… dysfonctionnel !


Le passé simple narre, il écrit une histoire

Le futur c’est demain, l’imparfait c’est passé,

Quant au si… Le vrai ton, tout l’art déclamatoire,

En écoutant je sais, sans avoir jacassé.


Il s’agit d’une règle, à tous est appliquée ;

Au conditionnel, l’ais ouvert s’entend è,

A l’imparfait aussi, la forme est dupliquée ;

Et si vous l’aviez dit, alors tout s’entendait…


L’A-I-S : «è » de son,aux noms communs s’applique,

Comme l’ai de ceux-ci, toujours dit grand ouvert ;

Sachez l’exception, rare, pas de panique :

Quai, gai, gaieté : son é… le petit truc pervers !


L’auxiliaire aussi, J’ai (d’avoir) :l’é se ferme,

Je sais, tu sais, il sait… Eux idem, et voilà !

Maintenant plus aisé, (l’appétit pointe et germe) ;

Chaque mot terminé par E/T, clair est là !


L’è ouvert chaque fois, (et rien de satanique !)

Ballet, jouet, benêt, le son est de distrait,

Impossible est l’erreur, l’excepti-on unique,

Le petit mot qui lie : « et » : son é, seul attrait !


L’essenti-el est dit, le sens et la pensée

A s’exercer sans cesse, une idylle s’écrit,

Le jeu des premiers pas, la douce fiancée,

La révélation du miracle prescrit…


Avant d’aller flatter la dive connaissance

De se frotter gaillard sur « des chemins montants,

Sablonneux, malaisés »… et de chercher l’essence,

Eradiquez sans trêve, et vous serez contents.


Espèce est féminin, nonobstant la tournure,

Peu-importe l’habit (au t final muet)

Espèce trône fille et fuyez le cyanure

Du genre balbutiant, la mode menuet.


Avant de nous lancer, puisqu’il faudra le faire

Dans le grand carrousel, (avec un Z, merci)

Reprenez votre souffle et non un somnifère,

Apprendre, unique clef, car pas de raccourci.


Sourcil, terril, chenil… et d’autres font leur nid

En i, non, pas en ile… Œsophage, è m’enchante

Et pas ce euh vulgaire à tout jamais banni ;

è tel Œdipe, œdème ; ô langue trébuchante.


Œnologie aussi, chers amis… bordelais

Ou de tous autres crus ; le è toujours s’impose

En revanche, œilleton voire œillet, des eu laids

Prennent place… Une œillade et marquons une pause.


Je vous parle d’un son que connait bien le chien,

Il le chante souvent et même le répète,

Le wa de votre poêle… à pellets… autrichien

Comme le wa de moelle, un wa-wa pour perpète !


Allez, ne boudez pas, vous n’êtes pas au coin

Au piquet bonnet d’âne ou c’est coïncidence

Co-in-cidence dis-je et non coin… de Tourcoing,

Vous saviez ? J’étais sûr ! C’est un trait de prudence.


Pour le particulier, adoptez le Robert

Un Larousse ou Littré… pour caler vos idées,

Pas juste… le buffet comme fit Dagobert

Pour remettre à l’endroit, cent façons mieux… « guidées ».


Mais, pitié, la rigueur : parlez de dé-jeu-ner,

Supprimez le dej’ner, si fréquent dans la presse,

Si même jeune et beau, pas manger c’est jeûner…

De « Brussells « vers « Ausserre », allez en allégresse.


Pour lui, ce paragraphe, il me cause souci…

L’asse lui fait défaut, et la faute navrante

Des servants d’Hippocrate a tenu jusqu’ici :

Pancréas, j’entends asse, et non a (je m’en vante !)


Ô vous, habitude facile où l’e final

S’incruste, à tort toujours ; Ce e que l’on ajoute

Mais qui n’existe pas et qui devient banal :

Sketch, match, patch, parc, arc, bec… e de trop… à la soute.


Bec-e-de lièvre, arc-e-de-cercle ou rhum-e-blanc

Entendez-vous l’intrus ? Ce e dont on se gave,

Celui de match-e-nul, ô combien accablant

Inutile et vulgaire, à trop pourtant suave…


Et cet autre usuel, dit des points cardinaux,

Que chante chaque jour, est, ouest -e de… L’incruste,

Dîtes-lui de l’ôter, à dame Météo…

De l’Est-e-de la France… un jargon de flibuste !


Du hand ou bien du foot, quand il s’agit de sports

Il est l’objet suprême, un but pour la victoire !

Ailleurs, le t se tait, pour tous les passeports

L’objet, le sens, le bu(t), sans t… loi péremptoire.


Je veux dompter mes tics, mes fautes, mes abus

Sans tricher ni compter, tairece p qui trouble

Vivre rébellion, le fautif au rebut,

Pour devenir conteur, sans compter ni voir double


Il en reste beaucoup, pour technique quitter…

Plus, c’est uss l’entendu, si je dis « davantage »

Sinon, un « Plu », sans s… Et je peux ébruiter !

Puis, le tandis fait i, fini le bizutage.


De Boileau savourez ce pertinent conseil

« Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage ! »

Des chantres du facile ennuyez le sommeil,

Redoublez votre peine et fi des commérages.


Vingt, cent au pluriel prennent l’s : quatre-vingts…

Un simple jeu d’abord et de simple orthographe,

Puis vint la li-ai-son, ce chant presque divin…

Deux centseuros, (zenfants) ou trois-centsautographes


J’aurais pu me gausser de faire singulier :

Vingteuros, centeuros où les deux mots s’agrègent…

L’accent, le bel accent, notre ultime palier,

Coutume originelle ou coquin sortilège ?


Ô li-ai-son que j’aime… un peu, beaucoup… pas trop

Tu vis en poésie, en langue soutenue

Nécessaire et utile ; En revanche au bistro,

On cause simplement, li-ai-son malvenue…


Euphonie et bon goût, le dit harmoni-eux

Ne pas oser lier : «Les hameaux… » Evidence ?

Gardez-vous de flirter en cérémoni-eux…

A force de travail, intégrez la prudence !


Ainsi ne direz pas : « rataffreux », mais ferez

Pluriel : ratsaffreux »… Sous haute surveillance !

Des verbes et des noms, du r vous douterez,

Pour éviter l’intrus ou quelque malveillance…


« Le cuisinier adroit », « il est tardaujourd’hui »

Choquent l’oreille autant que dire : « mortatroce »

«Coqs-à-l’âne », alors qu’attacherez : « tropinduit »

« Joursheureux », « Venezici » … Là ! Roulez carrosse.


Quand vous aurez un doute, une crainte d’erreur,

La li-ai-son qui tue, alors sur un silence,

La virgule, la pause, un temps est secoureur :

On taira li-ai-son ; Ô douce vigilance !


Il ressemble à la bulle, eau serait son doux nom,

Qu’il soit clair ou fermé, ce n’est pas artifice,

Une pomme ou ta robe, une sole sinon,

Des O toujours ouverts ; pour créer l’édifice…


Pour causer « élégant », la clef pour l’intégral,

Il vous appartiendra de dresser une liste

Si prétendez demain conquérir le Saint Graal,

Le travail important n’est en rien masochiste.


Cependant, l’O fermé concurrence le clair,

Se fourvoyer en belge ou d’une autre contrée,

Amuse quelquefois mais heurte tel l’éclair,

Une mauvaise note et l’oreille est frustrée.


Ne les éclairez pas, ces O lourds et fermés,

Une dose, une pose ou la pause et la chose,

Et même la sclérose… Et vous serez armés

Pour bien vous exprimer… sans la stérile glose.


L’on évoque le A, premier de l’alphabet,

Ouvert, moyen, fermé, l’oreille et la nuance,

La palette des sons pour fuir le quolibet

Et parler comme il faut, surtout pas en muance.


Lâche, râle, âme et bât ; Rare s’il est « fermé »

Le prononcé moyen, au son plus agréable,

Gommera « populaire » ou le lourd déformé

Qui s’entiche souvent d’un zèle pitoyable.


Ainsi direz théâtre, Anne, râle ou baron

Casserole ou maçon, comme sable, en le mode

Mé-di-um déférent et point dans le marron ;

A vous cet inventaire où s’ôte l’incommode.


Je veux bien vous aider, si vous avez souhait

Vous proposer le mien, une œuvre de partage,

Ce mémo tant utile, il remplace le fouet,

Pour avancer serein même sans héritage.


Fluet mais élégant, début, devant il : ail,

Final, sauf avant z, ou s, il est clair : face,

Tabac, plat, soldat, drap mais encore attirail,

Corail, bail… bac, ombrage… Assez pour la préface !


De tout ce qui précède, il vous reste le goût

De jouer de vos mots, flirter avec la vie,

J’ai connu de mon père, un orfèvre en bagou,

Curi-eux et critique, il m’a donné l’envie.


Je suis français et fier, et si ce paradis

Attire les pauvrets que leur pays rejette,

C’est qu’il éclaire encore et se dresse hardi,

Riche de sa culture, à mille assauts sujette.


Serais-je un vieux ringard au combat dépassé ?

Pourquoi vouloir changer de tristes habitudes ?

Pour un désir pervers, un besoin angoissé,

Une simple exigence, une étrange attitude ?


Quand vous aurez admis ces règles et ces lois,

Quand vous aurez appris et digéré peut-être,

Vous aurez fait un pas, un pas de bon aloi,

Et qui sait découvert l’attrait des belles-lettres.


Il restera beaucoup pour espérer un jour

Retenir l’intérêt, quelque reconnaissance,

Mais le chemin tortu vous portera toujours

Vers des plaisirs profonds, presque une renaissance.


Articulez toujours, travaillez votre voix,

Prononcez la voyelle, articulez consonne

Virelangues de fous ; hissez haut le pavois,

Jubilez sans émoi, de Lille à Carcassone.


Et quand vous serez grand, muri par tant d’exploits

Maître de ce solfège à nul autre semblable,

Qu’il coulera tout simple, il sera votre loi,

Alors commencera la quête impitoyable.


Du comédien, le lot, sincère et naturel,

Respirer, exister, entendre le silence,

Ponctuer, se mouvoir, langage corporel…

Et surtout cher ami, vaincre la nonchalance.


Merci pour votre écoute, n’épilez pas vos tifs,

Vous pouvez à loisir, bosser un paragraphe,

(Ce n’est qu’un avant-goût, très loin d’être exhaustif),

Travailler, progresser ou peigner la girafe.

9 novembre 2015

Jo Cassen

« Petit propos sans importance »

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